Marine Assoumov


















peintre et collagiste

Lettres Anonymes, collages

Chez Marine Assoumov, le collage est une aventure où l’imprévu se mêle à l’aléatoire.
La colleuse récolte au fil des jours des matériaux bruts, privilégiant les gros titres de journaux et les images publicitaires qu’elle déchire comme pour composer des lettres anonymes, d’où le titre de la série.
Pour commencer un collage, Marine Assoumov puise dans son stock cellulosique les éléments qui l’inspirent par leur couleur ou leur texture. Choix déterminant, fruit de l’instant et de l’humeur, qu’accompagnent de nouvelles interventions, redécoupage, lacérations, déchirures ou peinture, qui feront apparaître des nuances subtilement différentes. L’artiste fonde un collage sur une idée initiale, texte ou harmonie de couleurs, qui pourra se voir bouleversée si la composition exige une autre utilisation de la couleur ou de l’espace. Son travail, sans dessin préparatoire, nous frappe par sa liberté et son absence de contrainte : c’est l’œuvre qui décide, la colleuse n’imagine pas son aspect final et se laisse emporter par le rythme enfiévré de la création. Ainsi, Marine Assoumov aborde le collage/tressage comme un jeu dépourvu de règles, avec l’aléatoire comme moteur et mobile de la création. C’est le plaisir de l’artiste en création, son refus de l’ennui, son amour des chemins de traverse et son abandon face à l’œuvre. Il s’agit pourtant d’un travail lent et minutieux, usant nerveusement : heureusement, le collage peut être abandonné et repris pour de courtes périodes.
Autre point clé de ce travail, la présence de lettres dans les œuvres. Jeu de lettres, jeu de mots, alliance-mésalliance du texte et de l’image. Lettres volées, cachées, retrouvées, célibataires ou grégaires. Les phrases des Lettres anonymes sont un exercice poétique -La nuit brisée des étoiles, Caresser la douce armure de la lune, Voyant sans voir, un œil lune un œil poisson-, inspirés par la recherche de sonorités ou le goût du nonsense - Anq pa der (manque pas d’air ?), Isition omici, Astroph (catastrophe ou apostrophe ?), C'est ment ique ...
Ces collages, présentés au fond de boites-écrins qui distancient les œuvres par leur mise en espace, composent un véritable petit univers plastique, qui capte le regard de façon magnétique. Au-delà de la séduction des couleurs et des matières, l’aspect « mosaïque » n’est pas total, il existe toujours un point de convergence, même faible, dans le chatoiement subtil des fragments colorés, un accent sombre et tourmenté qui sourd à travers le papier. Le regardeur subit le pouvoir quasi-hypnotique de ces collages, fruit des répétitions/associations de couleurs, de la saturation d’un espace où s’entremêlent une myriade de fragments texturés, fascinant vibrato qui vient chatouiller sa rétine.
Marine Assoumov nous offre ici rythme, expression, humour et poésie. Ainsi, par ce voyage introspectif  et aléatoire dans le collage, l’artiste conjugue avec ferveur ses nécessités intérieures, sonorités des couleurs et force de la construction.

Thierry Blanchon